Connexion à votre espace personnel
 

La relation maître-serviteur dans la littérature

La CASDEN vous propose autour de la thématique de la relation maître-serviteur dans la littérature, une sélection d’ouvrages de la littérature française téléchargeables gratuitement, assortis de leur fiche de lecture.

Les domestiques (valets servantes, nourrices, etc.) sont placés dans l’intimité d’une maison, d’une famille, d’une personne Ils sont des témoins de chaque instant et assistent à tout moment leurs maîtres. Les parties de la maison qui leur sont réservées ne bénéficient que peu d’intimité, car elles sont conçues de manière à permettre leur invisibilité et leur omniprésence. Les domestiques sont si intégrés à la vie quotidienne, qu’on oublie parfois leur existence propre.

Le serviteur littéraire est un type issu de cette réalité sociale. La relation maître-serviteur est donc marquée par les inégalités sociales et l’infériorité du domestique (Voir Clin d’œil N°1). Elle a été maintes fois illustrée dans la littérature, et ceci depuis l’Antiquité.

 

 

 PDF  755 Ko
Télécharger la fiche complète

 

1.1      La relation maître-serviteur au théâtre

 

 1.1.1      Dans la comédie

 

Dès le début, dans la comédie, nombreux sont les valets (Voir Clin d’œil N°2), attributs indispensables à toute maisonnée. Leur présence est presque constante, parfois  anonyme : ce sont alors des utilités. Ainsi, la dépendance, la variété et l’anonymat caractérisent-elles au premier abord la situation du personnage du valet. Mais, à partir du XVII°, certains valets ont acquis une réelle identité et sont devenus essentiels à la comédie, aussi bien dans la structure dramaturgique (ils constituent le ressort comique principal) que dans le lien avec le public (complicité). Leur personnalité s’affirme et se dévoile dans leur relation au maître, si bien que le duo maître-valet est devenu indispensable à la comédie.

 

 1.1.1.1  Avant le XVIIème

 

Dans l’Antiquité, « la comédie nouvelle », du IV° au II° siècle av. J.-C., met en scène le couple maître-serviteur. Ménandre dans la Grèce Antique et Plaute et Térence dans la Rome Antique font des valets et des servantes des types comiques, au jeu, à l’habit, au langage et aux fonctions caractéristiques. Leurs traits distinctifs les plus importants retenus par la tradition sont alors la ruse, le goût du mensonge et l’art de la parole.

 

On retrouve ensuite ces types dans la farce médiévale et surtout dans la Commedia dell’arte (VoirLe dossier « Les héritiers de la Commedia dell’arte »), qui a créé Arlequin, le prototype du valet naïf, grossier, cupide, paresseux, gourmand, fourbe (Voir Clin d’œil N°3), rusé et fin stratège dans les intrigues amoureuses. La relation maître-valet est alors devenue une convention du théâtre de comédie. Le valet est un type qui regroupe toutes les fonctions de tous les valets d’une maison. Il n’est plus esclave. Il est rémunéré : il reçoit des gages, même si ceux-ci sont rarement perçus. Il est logé, nourri et blanchi.

 

 1.1.1.2  Au XVIIème

 

Les valets de Molière empruntent beaucoup de leurs traits aux valets des comédies antiques, mais aussi au zanni de la Commedia dell’arte (Arlequin, Scapin, Pierrot, Polichinelle ou Trivelin). S’ils ont principalement un rôle comique, leurs poids dramatique diffèrent d’une comédie à l’autre, selon la nature de la relation maître-serviteur. Le valet moliéresque entretient avec son maître une relation de familiarité et lui sert de confident. Pour le maître, il est même une espèce de miroir avec qui la discussion n’a pas de conséquence. Cela n'empêche pas qu’il se fait rabrouer ou reçoit des coups. Mais, cette relation n’est pas du tout ressentie comme un problème de classes sociales.

 

 1.1.1.3  Au XVIIIème

 

Sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI, la bourgeoisie s’épanouit de plus en plus et les structures sociales traditionnelles commencent à se modifier. A la fin du XVIII°, les titres de noblesse héréditaires sont largement contestés : on prend peu à peu conscience que la valeur de l’individu est indépendante de la fortune et que la position sociale n’est que le fruit du hasard de la naissance. Certaines œuvres (comédies, contes philosophique ou romans) mettent en avant le couple maître-serviteur afin de faire ressortir cette réalité sociale. C’est ainsi que les comédies du XVIII° mettent en scène des serviteurs en quête de liberté, afin de montrer l’évolution des mentalités. La relation maître-serviteur est alors ressentie comme un problème de classes sociales. Alors que chez Molière le valet n’ose pas trop critiquer ouvertement son maître (il le fait plutôt dans des apartés ou dans des monologues), chez Beaumarchais et Marivaux, il ose tenir tête à son maître, le critiquer et lui faire connaître ses revendications.

 

 

 1.1.2      Dans la tragédie classique

 

Le couple maître-serviteur est aussi exploité dans la tragédie classique où l’on trouve le personnage du confident. Dans la tragédie antique, il n’y avait pas de confidents, car sur scène, les personnages avaient un interlocuteur ou un auditeur permanent : le chœur (Voir le Saviez-vous N°1). Mais, par la suite, le chœur est remplacé par le personnage du confident, dont la présence sur scène est le plus souvent muette. Celui-ci est indispensable aux personnages de haut rang, qui, selon les bienséances, ne peut pas se trouver seul sur scène. Mais, il recueille de nombreuses informations des conversations qu’il entend et celles-ci alimentent ses commentaires et ses conseils dans les scènes où il prend la parole. Si, au début du XVII°, les dramaturges montrent un engouement très fort pour le personnage du confident, après 1654, la tendance générale est de le supprimer. Alors que Corneille ne le met pas toujours en scène, son utilisation est quasi-permanente chez Racine, qui, en prenant l’option de conserver ce rôle et d’en exploiter toutes les possibilités, va à l’encontre de ses contemporains. C’est qu’en fait le rôle du confident facilite la scène d’exposition et évite les monologues souvent très longs. Il permet de révéler les clés de l’intrigue en incitant le personnage principal à se livrer (même s’il est déjà au courant de ses tourments). Il est le représentant du bons sens face aux égarements de la passion de son maître. Ainsi, si son rôle est effacé et passif, a-t-il cependant une utilité dramatique.

 

Si les confidents sont des personnages en général sans individualité, tout de convention et n’intervenant pas dans l’action, il existe des confidents à forte personnalité qui ont une fonction tragique (tentateur ou complice), comme Oenone dans Phèdre.

 

 

 1.1.3      Dans le drame

 

Au XVIII°, le public se passionne pour le théâtre, mais délaisse la tragédie qui subsiste encore avec Crébillon père et Voltaire (Zaïre et Mérope). Apparaît alors un genre nouveau qui vise à la remplacer : le drame bourgeois. C’est Diderot qui en parle pour la première fois dans Les Entretiens sur le Fils naturel.  Ce théâtre, qui se situe entre la comédie et la tragédie, présente une peinture réaliste des milieux bourgeois. Il garde le personnage du valet, mais abandonne celui du confident. S’il se prolonge au XIX° avec Augier ou Dumas fils, il laisse la place au drame romantique, nouveau drame défini par Hugo, dans la fameuse préface de Cromwell (1827), où il développe une véritable théorie de l’art, prônant le mélange du sublime et du grotesque qui inclut le laid et le mal. Les drames romantiques portent souvent sur le destin d’un héros opposé à l’ordre social (Hernani, Ruy Blas ou Lorenzaccio). Ils tiennent de la tragédie par la peinture des passions et de la comédie par celle des caractères. Dans Ruy Blas de Hugo,  on retrouve une relation maître-serviteur très particulière.

 

 

1.2      La relation maître serviteur dans le roman

 

Le couple maître-serviteur est aussi utilisé dans le roman depuis ses origines. Mais, alors que jusqu’au XIX°, il s’agit plutôt du couple maître-serviteur, au XIX° tout change. Les serviteurs hommes (valets, cochers, cuisiniers, maîtres d’hôtel, etc.) ne jouent plus qu’un rôle très secondaire (mis à part dans les récits d’aventures, comme le couple Phileas Fogg-Passepartout dans Le Tour du monde en 80 jours de Jules verne) et n’apparaissent souvent que comme toile de fond connotant indirectement la richesse et l’opulence de la maison bourgeoise. Par contre le personnage de la servante acquiert un relief et une importance considérable au XIX°.

 

 

 1.2.1      Dans le roman avant le XIXème 

 

Si le personnage du serviteur apparaît dans le roman depuis ses origines (roman grec, roman latin ou roman médiéval), il faut attendre la naissance du roman moderne, et notamment la tradition du roman comique, pour voir apparaître des couples maître-serviteur caractéristiques. Même, dans le roman picaresque (Voir Le saviez-vous N°2) où le picaro sert de multiples maîtres,  la relation maître-serviteur n’est pas mise en avant, car ce ne sont que des maîtres de rencontre. C’est avec la Rabelais (Pantagruel, 1534) et Cervantès (Don Quichotte, 1605-1615) que l’on rencontre les premiers couples maître-serviteur.

 

Au XVIII°, le roman connaît un essor considérable et ses sujets se diversifient. Son succès en tant que genre favorise son utilisation pour la diffusion des idées philosophiques. Les philosophes des Lumières ne s’en privent donc pas et utilisent le roman pour accomplir leur transformation de la philosophie. Ils peuvent ainsi disserter sur de nombreux sujets, comme celui de l’amour, du bonheur, de la mort, etc. Mais, ce qui nous intéresse plus particulièrement ici c’est la réflexion moderne de Diderot sur la couple maître-serviteur que l’on rencontre dans Jacques le Fataliste (Voir Le Saviez-vous N°3) : le serviteur est philosophe et entretient son maître sur sa vision du monde et ses aventures amoureuses.

 

 

 1.2.2      Dans le roman du XIXème

 

Au XIX°, c’est l’âge d’or du roman, que l’on retrouve dans tous les mouvements, du romantisme au naturalisme.  La nouveauté, plus particulièrement dans la deuxième moitié du XIX°, est la place qu’y occupe la servante. Celle-ci est une servante non spécialisée, plutôt  une bonne-à-tout-faire, comme dans la réalité, où elle remplace à elle seule la domesticité nombreuse et spécialisée de l’Ancien Régime. Dans ces romans, la présence de ce type est écrasante et détermine  souvent le déroulement des évènements. La servante littéraire entretient des relations très ambigües et souvent conflictuelles avec l’espace privé auquel elle est directement rattachée, parfois depuis sa première jeunesse. Elle n’a pas  de nom de famille, apparaît sans racines et sans famille et n’a pas d’autonomie affective. Il existe un statut d’inclusion et d’exclusion de la famille entre la servante et les enfants de la maison. Les gestes de la servante doivent apparaître comme les signes de son dévouement et non pas comme les marques d’un amour qui ne lui est pas demandé. Inscrite dans ce corps fermé qu’est la famille, la servante en est en même temps radicalement exclue. Cela devient de plus en plus net dans la deuxième moitié du XIX°, où les bonnes sont logées dans les combles des immeubles haussmanniens. La bourgeoisie instaure une distance entre maîtres et serviteurs plus marquée qu’elle ne l’était au XVIII°. 

 

Si au départ, la servante est un personnage secondaire, presque transparent, elle prend souvent de l’importance tout au long du roman. Il en est ainsi dans Une Vie de Maupassant et dans La Curée de Zola où le personnage de la servante est utilisé pour montrer indirectement la déchéance morale et physique de la bourgeoise et la capacité du peuple à s’en sortir, à s’élever socialement en gardant ses propres valeurs.

 

Nombreux sont les écrivains qui témoignent de la violence des relations maître-servante, relatant la séduction de la servante jeune et innocente par un homme âgé, dur et violent. L’issue est presque toujours la même : la servante enceinte doit quitter la place et assumer seules conséquences de sa grossesse. On retrouve ce schéma dans Une Vie de Maupassant, Les Mystères de Paris d’Eugène Sue ou Pot-bouille de Zola.

 

Enfin, il y a quelques grands et rares romans où le personnage principal est une servante : Un Cœur simple de Flaubert, Germinie Lacerteux des frères Goncourt ou encore Le Journal d’une femme de chambre de Mirbeau. Deux types de servantes sont ici mis en scène : la servante au grand cœur, fidèle jusqu’à la mort (chez Flaubert) et la servante monstrueuse chargée de tous les vices (chez les Goncourt et Mirbeau).

 

La littérature permet donc, à travers la relation maître-serviteur d’étudier l’évolution du rapport des classes entre dominants et dominés, maîtres et domestiques. Dans ce dossier, tous les serviteurs de la littérature ne sont pas représentés. Le corpus, établi à partir des ouvrages proposés par la CASDEN en téléchargement, cherche à cerner uniquement ce que la relation maître-serviteur peut avoir de particulier.

Le corpus du mois :
  Téléchargez le livre
  • Eugénie Grandet, Balzac (de) 
  • La Rabouilleuse ou Un ménage de garçon, Balzac (de) 
  • Le Mariage de Figaro, Beaumarchais
  • Le Barbier de Séville, Beaumarchais
  • Don quichotte, Cervantès
  • Cinna ou la clémence d'Auguste, Corneille
  • Jacques le Fataliste et son maître, Diderot
  • Un coeur simple in "Trois contes", Flaubert 
  • Ruy Blas, Hugo
  • Le jeu de l'amour et du hasard, Marivaux
  • Une vie, Maupassant
  • Les fourberies de Scapin, Molière
  • Le Malade imaginaire, Molière
  • Le Tartuffe ou l'Imposteur, Molière 
  • Dom Juan ou le festin de Pierre, Molière
  • Phèdre, Racine
  • La Curée, Zola

 

Téléchargez tous les extraits (pdf)

Le saviez-vous :
  • Savez-vous à quoi sert le choeur dans le théâtre grec ? 
  • Savez vous ce qu'est le roman picaresque ? 
  • Savez-vous qu'un Jacques est un paysan ? 
  • Savez-vous que La Servante maîtresse est un opéra de Pergolèse ? 
  • Savez-vous ce qu'est une rabouilleuse ? 

Téléchargez les saviez-vous (pdf)

Clin d'oeil :
  • Domestique
  • Valet et vassel 
  • Fourbe et fourberie 
  • Domn et Dom
  • Les didascalies au théâtre  

Téléchargez tous les clins d'oeil (pdf)

Quiz sur la relation maître-serviteur dans la littérature :

Téléchargez le quiz (pdf)


Imprimer Envoyer Zoomer
Convertisseur F CFP / Euro
F CFP <>
S'abonner à la newsletter :